Stabiliser sans renoncer au développement: contraintes dominantes et coordination budgétaire-monétaire au Maroc (1956–2023)
Auteurs :
Marouane JAMAL-EDDINE, Abdelhakim QACHAR
Plutôt que de retracer une nouvelle fois la chronologie du policy mix marocain, cet article en propose une lecture analytique organisée autour d’une question : comment le Maroc a-t-il cherché à stabiliser son économie sans renoncer à ses objectifs de développement, et à quelles conditions institutionnelles la coordination entre politique budgétaire et politique monétaire est-elle devenue un instrument de résilience plutôt qu’une simple contrainte ? La démarche est documentaire et historico-institutionnelle ; elle s’appuie sur les rapports de Bank Al-Maghrib, du Haut-Commissariat au Plan, du Ministère de l’Économie et des Finances, de la Trésorerie Générale du Royaume et de l’Office des Changes, ainsi que sur les données du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. L’analyse repose sur deux notions structurantes : la contrainte dominante, qui désigne l’impératif autour duquel s’ordonne, à chaque moment, la combinaison des instruments ; et le régime de coordination, qui qualifie la relation entre autorités budgétaire et monétaire. La trajectoire marocaine entre 1956 et 2023 peut alors être lue comme la succession de quatre contraintes dominantes — financer la construction de l’État, préserver la solvabilité externe, asseoir la crédibilité macroéconomique, absorber les chocs —, auxquelles correspondent des régimes de coordination de plus en plus institutionnalisés, de la subordination initiale de la banque centrale à une coordination entre autorités distinctes. Les crises de 2008, de 2020 et de 2022–2023 sont traitées comme des épreuves comparatives : elles révèlent une capacité de stabilisation construite sur la crédibilité acquise, les réserves de change et la flexibilisation graduelle du dirham, mais sollicitée différemment selon la nature du choc. L’article met en évidence une tension persistante : la stabilité conquise relève surtout des registres nominal et financier, tandis que les vulnérabilités marocaines — volatilité agricole, chômage, dépendance énergétique et alimentaire, rigidités budgétaires — demeurent d’ordre structurel. Sa contribution est de proposer une grille de lecture par contrainte dominante et par régime de coordination, et d’interpréter, avec prudence, les limites d’un policy mix centré sur la stabilité lorsque les défis de croissance et d’inclusion persistent. Les conclusions restent descriptives et n’établissent pas de causalité forte.
الكلمات المفتاحية:
Mots-clés : policy mix ; contrainte dominante ; coordination budgétaire-monétaire ; résilience ; régime de change ; Bank Al-Maghrib ; Maroc.
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